Plein phares

Ils font partie de nos paysages et de notre imaginaire. La mer déchaînée, la solitude du gardien, une lumière dans la nuit : les phares véhiculent une série d’images hors-normes et hors du temps.

Ils véhiculent aussi parfois, malgré eux, quelques clichés : non, tous les phares de France ne sont pas en Bretagne ou sur la côte atlantique ; non, tous les phares ne sont pas implantés en mer, telle La Jument en mer d’Iroise, le mythe si souvent photographié qu’il écrase tous ses congénères… Le Nord-Pas-de-Calais aussi a bien des choses à dire et à montrer sur ce terrain-là. Comment, du reste, pourrait-il en être autrement ? Avec ses 120 kilomètres de côte, son détroit le plus fréquenté du monde, ses multiples ports de pêche, de commerce, de plaisance, la région compte plus d’une dizaine de feux et de phares. Il en allait de la sécurité de tous ceux qui prenaient la mer, notamment pour se rendre juste en face, sur la terre anglaise toute proche. Les Romains eux-mêmes l’avaient compris, construisant à Boulogne-sur-mer l’une des toutes premières tours lumineuses, la Tour d’Ordre. . Raconter les phares d’ici, c’est méler la géographie à l’histoire, se plonger dans le Touquet d’autrefois, quand la ville n’était encore qu’une longue langue dunaire ; se rappeler que Gravelines accueillait les bateaux de pêche avant d’attirer les plaisanciers ; se souvenir du Calais d’après-guerre, ville détruite, meurtrie, qui se raccroche à son phare, miraculeusement épargné par l’occupant allemand. Lui, comme les autres, de Dunkerque à Berck, a été construit en ville, sur terre, et non au large. Une signature propre à la côte d’opale : les phares y sont des lieux de mémoire, des repères, des témoins. Mais s’enfermer dans le passé serait une erreur. Si les phares de la région ont encore un rôle à jouer à l’heure du GPS – tous les commandants de bateaux vous le diront, ils doivent se réinventer, commencer une deuxième vie. Pour cela, ils s’appuient sur leur architecture, souvent remarquable, qui fait de ces belvédères ancestraux de vrais sites touristiques. De là-haut, on voit tout ! Ainsi, en allant à leur rencontre, en nous portant à leur hauteur, nous porterons un nouveau regard sur les villes du littoral. Ce riche patrimoine, des associations, des collectivités, des particuliers en sont tombés amoureux. Au pays des beffrois, les phares, nous le verrons, ont encore un avenir.

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